Graphique illustrant le cycle de surcompensation en 4 phases

S'entraîner plus fort ne veut pas dire progresser plus vite

Tu reconnais peut-être cette personne-là.

Peut-être que c'est toi.

Ça fait quelques mois qu'elle s'entraîne régulièrement. Les résultats étaient là au début. Elle se sentait mieux, plus énergique, plus solide. Mais depuis quelques semaines, ça stagne. La progression est difficile.

Sa réaction logique : pousser plus fort.

Elle ajoute une séance dans sa semaine. Elle augmente les charges. Elle réduit ses temps de repos. Elle sort de chaque entraînement vidée comme un plat de bonbons à une fête d’enfants.

Trois semaines plus tard, petite douleur au genou qui apparaît. Ou une épaule qui se fait sentir. Ou elle est tellement épuisée le matin, qu'elle pogne le mur en après-midi.

Elle est convaincue d'avoir manqué de discipline…

Elle a surtout manqué d'information.

Ce qu'elle ne savait pas, c'est que la progression ne se produit pas pendant la séance. Ça se produit après. Et si t'as pas compris ça, peu importe combien d'efforts tu mets dans tes entraînements, tu vas faire du sur place.


Un mythe qui fait des dommages

L'industrie du fitness a vendu une idée simple depuis des décennies : plus fort égale meilleurs résultats. 

Plus de poids. Plus de séries. Plus de séances… Plus de douleur le lendemain.

C'est vendeur. C'est motivant. Mais c'est physiologiquement faux.

La vérité, c'est que ton corps ne progresse pas pendant que tu t'entraînes. Il progresse pendant que tu récupères.

La séance, c'est le message que tu envoies. La récupération, c'est la réponse à ce message. Couper la récupération pour s'entraîner encore, c'est comme envoyer un message et raccrocher avant que l'autre personne réponde.


Comment le corps progresse

On appelle ce principe la surcompensation. C'est le mécanisme fondamental derrière toute amélioration physique durable.

Ça se passe en quatre phases.

Phase 1 : la séance.
Tu perturbes l'équilibre de ton corps. Tu mobilises tes ressources, tu stresses tes fibres musculaires, tu vides une partie de tes réserves d'énergie. À la fin de la séance, ton corps est temporairement moins performant qu'au début.

C'est normal. C'est voulu.

Phase 2 : la fatigue.
Dans les heures qui suivent, la capacité de ton corps chute. Les fibres musculaires ont subi de petites microdéchirures. Les réserves de glycogène sont faibles. Le corps est en mode réparation.

C'est cette phase que plusieurs confondent avec "un bon entraînement". La douleur, l'épuisement. C'est le signe que le corps a besoin de repos pour quelques heures.

Phase 3 : la récupération.
Le corps reconstruit. Il resynthétise les protéines, refait le plein d'énergie, répare les fibres. Il revient à son niveau de départ.

Phase 4 : la surcompensation.
C'est là que ça se passe. Avec une récupération suffisante, une bonne nutrition et un sommeil adéquat, les adaptations ne s'arrêtent pas au niveau de départ. Elles le dépassent.

Ton corps vient de réaliser qu'il avait besoin d'être un peu plus fort pour la prochaine fois.

C'est ça, la fenêtre. C'est dans cette phase-là qu’on doit faire notre prochaine séance. Trop tôt, on interrompt la récupération et la fatigue s'accumule. Trop tard, le gain redescend à zéro et tu repars de la même case.


Ce que ça change dans ta pratique

C'est là que "Constance > Intensité" prend tout son sens.

Trois séances par semaine avec une récupération adéquate entre chacune, c'est trois fenêtres de surcompensation que tu utilises correctement. Chaque séance repart d'un niveau légèrement plus élevé que la précédente. La progression est cumulative.

Cinq séances avec trop peu de récupération, c'est cinq stimuli qui se marchent dessus. La fatigue s'accumule. Le corps n'a jamais le temps de se reconstruire complètement. Et au bout de quelques semaines, soit tu stagnes, soit tu te blesses.

Tu n'as pas besoin d'en faire plus. Tu as besoin d'en faire mieux, et de laisser le temps au temps.

"Se présenter" régulièrement, à une intensité que ton corps peut absorber et reconstruire, c'est infiniment plus efficace que des séances héroïques suivies d'une semaine sur le carreau.

Évidemment, le principe d’adaptation s’applique à plus grande échelle également. Le corps va éventuellement s’adapter plus rapidement à 3 séances par semaine pour une même intensité, ce qui va donc amener la fenêtre plus rapidement. Même chose si on s’entraîne 5 fois par semaine mais que l’intensité est bien gérée, la fenêtre de surcompensation va venir plus rapidement.

C'est ça, s'entraîner intelligemment.


La prochaine question logique

Maintenant que tu comprends pourquoi le corps progresse, la question que tu te poses probablement en ce moment.

Comment on sait si on pousse trop fort ou pas assez? C'est quoi la différence entre l'intensité d'une séance, la quantité de travail que tu fais, et combien de fois tu t'entraînes par semaine?

Ces trois variables ne veulent pas dire la même chose.

Dans le prochain article, on va décortiquer les différentes variables de la charge d'entraînement. Volume, intensité, fréquence. Et surtout, dans quel ordre les modifier pour progresser sans se blesser.

 

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